Gaëllinacée - Aventures d'une jeune contractuelle de l'Éducation Nationale

La violence chez les élèves

Pendant ma carrière dans l'E.N. (j'inclus mon année et demie en tant qu'ASSED, je pense que ce que j'ai vécu concernant la violence à ce moment là est tout à fait pertinent) j'ai été confrontée plusieurs fois à la violence des élèves, que ce soit entre eux, à mon égard, ou envers eux-même, que ce soit verbalement ou physiquement.
Tu vas vite constater que cet article est beaucoup trop vague et ne donne pas de solution parfaite : c'est d'abord parce que celle-ci n'existe pas, et aussi parce que je ne suis pas du tout une experte sur le sujet : ce que je te présente ici est un melting-pot des quelques conseils que j'ai reçus et de ce que j'ai moi-même expérimenté.
J'espère sincèrement que tu n'auras jamais besoin de ce qui se trouve dans les lignes qui suivent, mais dans le doute voici un petit kit de première nécessité :

Comment réagir face à la violence ?

Dans le calme ! C'est très compliqué, mais il ne faut jamais surenchérir avec ce qui peut être vécu comme de la violence verbale par les élèves, cela ne ferait qu'empirer les choses.
En particulier si la violence est dirigée vers toi, ne t'énerve pas.
Dans le cas d'une violence entre élèves ou dirigée vers toi, rappelle calmement l'élève à l'ordre, en lui rappelant qu'il est élève, que son discours/comportement n'est pas approprié et qu'il risque de lourdes sanctions s'il continue.

N'hésite pas à te faire aider ! Envoie un élève de confiance prévenir le/la CPE et le/la CdE. L'intervention d'une personne extérieure permet souvent le retour au calme, et si besoin cet intervenant pourra faire sortir l'élève de la classe.

N'oublie pas ta sécurité et celle des autres élèves : n'essaie pas de jouer les héros, et ne demande pas à tes élèves de le faire. Bien sur, si tu sens un danger immédiat et que tu penses être en sécurité en le faisant, tu peux t'interposer en protection (ce que j'ai personnellement fait face à un élève qui venait de retourner sa table et qui se précipitait vers la porte pour sortir. C'est l'élève qui "posait quelques problèmes" dont je parle dans l'article "la première affectation". Il m'a bousculée et prise par le poignet en me laissant un bleu pour sortir, avant que le surveillant n'arrive pour l'accompagner chez la principale).
Pour ce qui est de te protéger contre la violence physique dirigée vers toi, n'oublie pas que "la légitime défense suppose que les moyens de défense et de riposte soient proportionnés à la gravité de l'atteinte", et que tu es un adulte te défendant contre un enfant. Normalement ce principe te protège, mais il vaut quand même mieux être prudent.

Et la violence d'un élève envers lui-même ?

Lourde question, et qui me parait encore plus complexe que la précédente : que faire si je vois des marques de mutilations sur un élève ? Que faire si un élève vient me parler de ses idées suicidaires ?

La première partie de ma réponse à ces questions est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : tu n'es pas psychologue. La bonne nouvelle c'est que tu n'es pas obligé de t'occuper de ce genre de problèmes, tu peux très bien te contenter d'orienter l'élève vers l'infirmier.e, le/la psyEN, ou l'assistant.e social.e. La mauvaise c'est que tu n'es pas du tout formé pour gérer ce genre de problèmes, et que si tu essayes d'aider cet élève tu risques de mal t'y prendre (je ne suis pas en train de te conseiller de rester les bras ballants, j'essaye juste de te prévenir des risques qui existent).

Personnellement, dans ces deux cas, je prends l'élève concerné à part à la fin du cours et je lui demande de me parler de ses problèmes. Je l'écoute avec attention et bienveillance sans l'interrompre (comme à chaque fois qu'un élève me parle de ses problèmes d'ailleurs). Lorsqu'il/elle a terminé je m'abstiens de lui donner mon avis sur ce problème, mais je lui propose d'en parler à un adulte plus compétent (ceux que j'ai cités plus haut, son médecin... enfin je fais de mon mieux pour trouver quelqu'un qui est un peu formé et à qui il/elle accepterait de se confier), et je lui propose de parler moi-même à cette personne s'il/elle le souhaite.
Bien sûr il faut aussi penser à se protéger soi-même. Les sujets abordés par l'élève peuvent être très lourds et mettre mal à l'aise (voire pire) les plus sensibles. Ne pas hésiter dans ce cas à dire à l'élève : "je ne me sens pas capable de t'aider sur ces sujets là" et l'orienter directement vers quelqu'un d'autre.

Le harcèlement

Il s'agit d'un sujet qui me tient particulièrement à coeur de par mon passé, et je suis toujours présente pour un élève qui est harcelé, même (et surtout ?) lorsque les collègues considèrent que ce n'est pas vraiment du harcèlement. Mais bien sûr, rien ne t'oblige à intervenir directement si tu ne t'en sens pas capable, tu peux simplement le signaler aux personnes compétentes qui prendront le relais par la suite.

Pour moi il y a harcèlement dès qu'un élève est pris à partie ou moqué plusieurs fois dans la même journée par un élève ou un groupe. Il existe des harcèlements plus violents et il ne faut bien sûr pas les ignorer, mais ils sont moins fréquents et plus évidents, alors que les moqueries répétées peuvent être aussi traumatisantes et sont beaucoup plus souvent ignorées (en particulier si l'élève est harcelé par un groupe, il pourra se sentir isolé et abandonné). Dans tous les cas, si tu penses constater du harcèlement il faut en parler: au CdE et au CPE (oralement et via un rapport écrit), qui pourront respectivement cumuler les traces écrites au cas où il faudrait intervenir avec des sanctions, et activer une surveillance particulière des élèves concernés en récré et en salle d'étude. N'hésite pas non plus à en parler aux collègues profs, qui pourront aussi être plus attentifs en classe et faire les rapports nécessaires.
Personnellement quand je constate un "début" de harcèlement je prends toujours à part l'élève harcelé pour écouter son ressenti, lui rappeler qu'il n'a rien fait de mal, lui donner quelques conseils sur comment réagir face à ce qu'il subit.
Puis je prends à part les harceleurs pour leur expliquer les conséquences que peuvent avoir leur moquerie sur l'élève harcelé (ils n'en ont souvent pas conscience), et les préviens que je fais des rapports d'incidents qui se cumulent lorsque je les vois faire du mal aux autres.